lundi 16 juin 2008

Afghanistan #1: Kaboul; on plante le décor!

Ce matin comme tous les matins depuis que je suis arrivée, je me suis réveillée en me demandant ce que j'étais venue faire dans ce merdier…. Et de merdier on peut en parler, puisque depuis que j'ai posé les pieds à Kaboul, je souffre de ce qu'on appelle ici ironiquement et pudiquement la "air-borne fecal dust disease"; une infection des voies respiratoires due à la poussière d'égout que les habitants de Kaboul inhalent a longueur de journée…. Fièvre tenace qui vous fait grelotter même sous les 45 à 50 degrés kaboulais, voies nasales complètement contaminées… Il paraîtrait même que je dois me considérer chanceuse de ne pas encore avoir les poumons attaqués.

A Kaboul, c'est la merde jusque dans l'air qu'on respire….

Mon voyage en Afghanistan ; il a débuté à l'ambassade afghane en Belgique, où j'ai eu l'honneur d'être reçue par le frère du Commandant Massoud en personne.

Première leçon de savoir vivre afghane, si vous venez pour demander un visa (ce qui ne me paraissait pourtant pas si incongru dans une ambassade), préparez vous a une petite heure de discussion autour d'un thé (pardon, une dizaine de tasses) sur des sujets aussi variés que Justine Hennin, Roland Garros, la littérature afghane (ouf, j'ai réussi à citer 3 auteurs qui ont éclairé le visage du consul d'un large sourire!), la météo, et j'en passe… avant d'en arriver à la raison principale de votre visite que vous risqueriez presque d'avoir complètement oubliée passée la 5ieme tasse de thé…

Je me suis même demandée un instant si le rôle du consul n'était finalement pas de tester la santé mentale des gens qui voulait se rendre dans son pays…

Il est vrai que, moi-même, je questionne souvent mon degré de folie.. et, je dois l’admettre, ...encore plus depuis que je suis arrivée!

En tout cas, j'ai du paraître très crédible (ou seulement à moitié folle) aux yeux de Massoud-frère parce qu'avant de partir il m'a écrit une lettre à remettre à son ami le gouverneur de Mazar (ou je serai basée), pour que ce dernier assure ma protection…. YYYEESSS! Ca aura sans doute été mon heure la plus productive en terme d'intégrité corporelle future….

Avant de quitter Monsieur Massoud, et surtout après m'être assurée que mon visa se trouvait bien dans mon passeport, j'ose quand même lui demander si l'insécurité est aussi réelle en Afghanistan que ce que les journaux (et en passant l'ambassade de mon propre pays) ont l'air de dire ; ce à quoi il me répond "personne ne peut évidemment vous assurer à 100% que vous n'allez pas être enlevée ou exploser sur une bombe"… Pour la prochaine fois, je me rappellerai que c’est par là que j'aurais du commencer…

Je vous passe les détails de ma tache laborieuse suivante qui est de savoir comment entasser une année de fringues et autres babioles utiles (ou parfois beaucoup moins) sans dépasser les satanés 20 kilos autorisés, ... mais finalement l'opération s'est résumée (par souci de minimiser les complications en nombre déjà amplement suffisant) en un quasi transfert de mon sac a dos vers mon trolley…. Et ce simple changement d'emballage vous fait sentir que les choses deviennent sérieuses… gloups… J’aimais bien mon look de baba cool en tongs, moi !!

Arrêt et nuit a Dubaï. Le lendemain matin je partage le taxi avec Devin, un Américain qui travaille pour l'armée… Quand je lui demande comment est Kaboul, il me répond de ne pas penser à Kaboul tout de suite, car ce sur quoi je dois maintenant me concentrer, c'est trouver mon chemin dans le Terminal 2.

Je comprends tout de suite de quoi il veut parler quand ses tableaux d'affichage annoncent toutes des destinations aussi fun que Bagdad, Kigali, Mosul… ou Kaboul.. Cent milliards de check points de sécurité plus tard (je ne sais toujours pas si c'est par peur d'attentat ou simplement pour empêcher les passagers de faire marche arrière quand arrive leur 156ieme crise d'angoisse.. J’apprendrai d’ailleurs plus tard, qu’effectivement, certains n’ont jamais pu aller plus loin que Dubaï, pris de questionnements (légitimes) soudains..), je me retrouve dans les tax-free entourée exclusivement de gorilles rasés et tatoués dont les muscles suintent de partout… Ai-je vraiment la carrure pour être ici?

Vous pensez que l'aéroport de Dubaï est le temple du shopping de l'électronique? Et bien détrompez vous! On a dû vous parler du Terminal 1… parce que ce qui se vend dans le terminal 2, c'est de la poudre à lessiver, des brosses a dents, du shampoing, du fromage, etc., et beaucoup, beaucoup d'alcool…. Bref tout ce dont vous avez apparemment besoin pour survivre dans des destinations pareilles! Il manquait que le Prozac… ils devaient être en rupture de stock le jour où j’y étais j'imagine….

Dans l’avion qui m’emmène en Afghanistan (le plus vieux dans lequel j’ai jamais été) j’essaye de me rappeler que j’ai peur de voler... ça me permet de me concentrer sur autre chose que le fait que, pour une fois, j’ai encore plus peur d’arriver...

Atterrissage à Kabul et première expérience de ségrégation ; je suis la seule personne de sexe féminin dans l’avion... et évidemment la seule à devoir me cacher sous un voile pour sortir. Je sens tout le poids de celui-ci lorsque, rejoignant Devin, un sentiment d’infériorité ou même de honte me prend à la gorge. Pourquoi dois-je me masquer ?

Ce voile, je n’arrive toujours pas à m’y habituer... J’ai beau me répéter que le revêtir est un geste de respect culturel, je n’arrive pas à faire abstraction de la subordination qu’il représente.

Il est mon pire ennemi ici.

Pourtant, tout le monde vous dira que les Afghans ont un immense respect pour la femme. D’ailleurs dans le bus qui emmène les passagers vers le terminal, le chauffeur s’est levé soudainement, a hurlé sur un bonhomme assis sur un des sièges... et lui a sommé de me léguer sa place... On apprend les bonnes manières à la dure ici !

Mais si l’Afghan me respecte en tant que femme, alors, qu’il respecte aussi ma liberté...

Un employé de l’ONG pour laquelle je vais travailler est sensé m’accueillir, mais je ne vois personne... Je suis la foule vers un parking où tous les occidentaux retrouvent leur chauffeur personnel, mais à part les regards insistants des Afghans qui m’entourent, je ne vois plus que le vide qui se fait autour de moi. Un chauffeur de taxi me propose de m’emmener à mon hôtel. Zut, je n’ai pas lu les mesures de précaution élémentaires.... Est-ce aussi une façon d’enlever les expats ici ?? Je préfère finalement demander conseil à un des seuls visages pales encore présents, qui finalement me propose d’emprunter son chauffeur pour rentrer...

Voyager seule ici est du suicide, selon lui... Et “by the way, welcome to Kabul”!!

J’arrive dans les bureaux de « Peace Dividend Trust » et rencontre pour la première fois mes collègues. Les bureaux sont magnifiques, décorés par une compagnie locale, et au sommet du « Kabul Business Centre », un des seuls buildings de Kaboul doté d’un ascenseur (et ouais, un ascenseur, ça en jette ici !!). Cette tour de verre est aussi considérée par des consultants en sécurité que j’ai rencontrés plus tard, comme un des targets les plus faciles de Kaboul... Mais quelqu’un peut-il me dire ce qui n’est pas dangereux à Kaboul ?

Apres cette courte visite, on me conduit à mon hôtel et on m’annonce que je ne suis pas autorisée à sortir seule, et dois impérativement être accompagnée d’un des chauffeurs de l’ONG. Pas de chances, c’est leur jour de conge. J’ai toute l’après-midi pour contempler les barbelés ourlant le mur de ma Guest House, et me demander si un jour, c’est pas moi qu’ils empêcheront de partir et de fuir....

Une des choses que j’aurai vite apprises à Kaboul, est de ne jamais demander ce que vous êtes autorisés à faire... De toutes façons, la réponse sera toujours la même : « rien », et au cas ou vous seriez pris sur le fait, vous pourrez toujours rétorquer que vous ne saviez pas....

Le lendemain matin est un jour intéressant, puisque c’est le début de mon « Personal Security Training » donné par deux anciens des Nations-Unies et armée. Ils ont aussi travaillé en Irak... Au début, vous faites « woaw !! Tough guys ! », mais après deux semaines à Kaboul, je me suis vite rendue compte qu’ici, absolument tout ceux qui travaillent dans des compagnies privées, ont déjà travaillé en Irak.

Les restes encore fumants des guerres américaines rapportent des milliards de dollars à nos compagnies occidentales, et les compagnies de construction ou de conseil en sécurité se ruent comme des mouches dans cet immense merdier qu’est l’Afghanistan.

Autour des verres d’alcool des nombreuses soirées d’expats, ce sont des contrats de millions de dollars qui se négocient, et, en général, c’est celui qui aura réussi à terminer la soirée sans s’écrouler mort saoul (un sport national parmi les expats ici) qui décrochera le jackpot !

Les cartes de visite s’échangent dans tous les coins ; j’ai moi-même beaucoup de mal à tenir ma liste de contacts a jour, et surtout me souvenir à quelle soirée j’ai bien pu rencontrer ce Ryan, ce Mike ou ce Steve...

Bref, revenons à cette formation sur la sécurité à Kaboul... Par où commencer ? Le choix est vaste : les vols, la criminalité, les mortiers, les grenades, les attaques suicides, les incendies, les kidnappings, les mines anti-personnel, les mines anti-chars, les tirs de mitraillette en pleine rue, etc. etc. etc... et aussi ce qu’on appelle ici les dommages collatéraux... Pour vous donner une idée ; si seulement 20% des attaques suicides visent les civils comme moi, 80% des victimes sont des civils comme moi !

On vous conseille d’ailleurs à Kaboul de fuir les convois de l’armée comme de la peste.... Quand les chars américains pointent leur nez dans les rues de la ville, tout le monde change de route... vous n’avez pas envie d’exploser (même par solidarité) avec eux. 250 mètres est d’ailleurs la distance de sécurité minimum que mon chauffeur se doit de respecter avec ces chers soldats... J’ai jamais été pro-armée, mais quand je les vois passer, j’ai vraiment de la peine pour eux…

Ce que les gens ont l’habitude de dire ici, c’est « de toutes façons, si je saute, c’est que j’étais au mauvais endroit, au mauvais moment »... Ok, le seul problème est que personne n’a une idée précise de ce qu’est le mauvais endroit, ou le mauvais moment...

Commençons donc par là, tiens, les explosions, les tirs et les attaques suicides... Depuis une semaine, les gens s’attendent à une vaste attaque suicide sur Kaboul. Les e-mails de sécurité et les sms affluent.... Certains ne sortent plus de chez eux. Je ne suis moi-même plus autorisée à circuler la matinée. J’arrive au bureau aux environs de 6 h du matin. Les restaurants les plus fréquentés par les expats se vident car tout le monde sait que si attaque il y a, ils seront les premiers visés.

L’hôtel où loge le personnel des Nations-Unies (et où se trouve une des seules piscines de Kaboul bien appréciée le weekend) voit son taux d’affluence chuter...

La plupart des gens ont encore en tête l’attentat à l’hôtel Serena en février. L’hôtel était fréquenté par les expats pour sa salle de gym, et considérée comme la place la plus sure de Kaboul, car gardée par l’armée. Pourtant, des Talibans ont réussi à s’infiltrer de l’intérieur, et ont tiré sur tout le monde. Je connais pas le nombre exact de victimes, mais depuis ce jour là, je connais au moins 5 personnes (dont des gens sensés représenter la diplomatie) qui ne se baladent plus sans leur 9 millimètres en poche (un flingue ici s’achète plus facilement qu’un rouleau de papier toilette). Les raisons de légitimer leur port d’arme sont toujours les mêmes : c’est eux ou c’est moi… et pour une fois, je ne peux pas vraiment leur donner tort…

Les restaurants sont hyper surveillés, chaperonnés par du personnel de sécurité armé jusqu’aux dents, les fouilles sont systématiques (bien que le personnel n’a pas le droit de fouiller les femmes... si je compte bien, c’est +/- 50% d’efficacité perdue, non ?), certains restaurant émettent leur propre carte de membre, d’autres ont des snippers logés sur des mezzanines... J’ai aussi appris de source confidentielle que des restaurants fréquentés de Kaboul ont un stock de grenade sous leur bar, au cas où... Les consultants en sécurité qui les auditent, ont bien du mal à leur faire comprendre que, oui, en cas d’attaque ils feront effectivement exploser tous les insurgents (appelés ici « AGE » ou « Anti-Government Elements »), mais aussi tous leurs clients...

A Kaboul, on ne fait pas dans la dentelle...

Pour les voitures, c’est plus ou moins pareil... J’ai déjà eu l’occasion de monter a bord de voitures du personnel de sociétés privées américaines... Au volant, le chauffeur ; à ses cotés, le « shooter » armé de ce qui ressemble a une kalachnikov...

Est-ce bien raisonnable me direz-vous ? Et bien, je me suis souvent posé la question.. et trouvait cela très très ridicule au début... Mais une chose qu’absolument tout le monde (sources officielles et indépendantes comprises) s’accorde à dire, c’est que la situation en Afghanistan ne fait qu’empirer ; et que 2008 sera la pire année en terme d’attentats, enlèvements et victimes depuis le début de la guerre. Les chiffres sont là ; le nombre d’attaques suicides par mois a augmenté de 30% en 2007 versus 2006, et de déjà 50% en 2008 versus 2007.

Les raisons sont multiples et assez complexes... et pour compliquer le tout, la situation sécuritaire est très volatile (i.e. : un rapport sur la situation sécuritaire aujourd’hui, ne vaudra plus rien demain...) et très fragile.

Une constante : c’est toujours la communauté internationale (au sens large) et les locaux qui travaillent pour elle qui sont visés.

2000 menaces directes de mort par mois en moyenne...

Un court métrage sur la condition de la femme dans l’Islam par un réalisateur néerlandais ; et la communauté internationale en Afghanistan morfle, des caricatures de Mohammed au Danemark ; la communauté internationale en Afghanistan morfle, un soldat américain qui tire sur le coran en Irak ; la communauté internationale en Afghanistan morfle, des tirs ratés (ou pas) par les Américains au Pakistan ; la communauté internationale en Afghanistan morfle, des arrestations massives de membres supposés d’Al Quaida à Bruxelles ou à Londres ; la communauté internationale en Afghanistan morfle.... Au bout d’un moment, ça vous rend très alerte sur ce qui se passe partout dans le monde...

A l’intérieur du pays ; c’est toujours la guerre dans le Sud, et grosso modo le bordel partout ailleurs...

Les Taliban sont toujours bel et bien présents, continuent de brûler les écoles pour en empêcher l’accès aux filles, continuent de menacer les villageois, et continuent de provoquer des attentats dans les villes.

Pendant l’hiver ils se cachent dans les montagnes, et la neige rend leur accès vers les villes plus difficiles... en été, ils sortent de leurs tanières, et c’est pourquoi les mois chauds en terme de température comme maintenant, sont aussi considérés comme les plus chauds en terme de risque...

Les gens qui travaillent dans les campagnes rapportent des histoires horribles. Le gouvernement afghan a récemment opéré un programme de désarmement massif, confisquant les armes de tous les villageois... Super !

Mais qui leur assure leur sécurité en contrepartie ? Personne ! L’armée américaine ? Non plus... Les seules choses qu’ils semblent faire, d’après les ONG présentes sur le terrain, sont d’arriver de temps en temps en convoi militaire, arrêter une personne soupçonnée de complicité avec les « AGE », et repartir... Conclusion : les Taliban font des raids sur les villages, torturent les enfants en face de leurs parents, exécutent quelques personnes pour le show... et les villageois n’ont d’autres choix que de rallier leur cause pour protéger leur famille... La situation volatile du Pakistan fait aussi le lit des Taliban qui y recrutent des soldats pour se battre en Afghanistan... Les extrémistes islamistes pakistanais (les Talibans pakistanais) ont d’ailleurs annoncé publiquement il y a quelques jours qu’il allait venir faire le Jihad en Afghanistan pour nettoyer le terrain des soldats américains… La frontière entre les deux pays est un véritable foutoir... Qui oserait dire que la guerre est finie?

Les attaques de mortiers et autres missiles sympathiques… Qui a entendu parler d’un bombardement simultané sur l’aéroport de Kaboul, Herat et Kandahar mi-mai ? Personne ? Et pourtant, ça s’est reproduit.... et de quoi s’est t-on rendu compte ? Que les missiles n’avaient par été tirés des villages environnants comme à l’habitude (si j’ose dire), mais à des kilomètres de distance avec missiles indétectables par nos chers C-130 belges (oui, les belges assurent la sécurité de l’aéroport de Kaboul… enfin surveille une petite tour de contrôle, elle-même dans un lieu déjà surveillé.. mais bon)... Qu’est ce qu’on remarque ? Que les missiles sont fabriqués en Chine et vendus à bas prix aux Taliban, la conclusion n’est pas difficile à tirer …

Les militaires font face à des ennemis de mieux en mieux armés... Et la guerre est maintenant meilleur marché… En tout cas, d’un côté… qui n’est pas forcement celui qu’on souhaiterait…

Aussi, tout le monde fait sa prière avant d’emprunter la route qui relie le centre ville à l’aéroport de Kaboul...

Les mines… Comme si les mines laissées par les Russes ne suffisaient pas ; les Talibans se chargent d’en replanter chaque jour.... Avant de prendre sa voiture vers les campagnes ; toujours appeler les services de sécurité pour connaître la situation... Une autre source ? Demander aux gens qui vivent dans la région... le seul problème est que si le gouvernement investit dans le déminage d’un terrain, il se l’approprie illico... Les villageois préfèrent dès lors se taire s’ils soupçonnent la présence de mines aux alentours de leurs champs...

Autre chose : ne jamais être le premier á emprunter une route le matin ; ça parait égoïste, mais vous préférez que cela soit une autre personne que vous qui saute sur la mine fraîchement placée la veille… Tous solidaires… dans certaines limites…

Quoi d’autres ? Les enlèvements ? Pour être honnête, c’est ce que toutes les organisations internationales redoutent ici, et ça fait flipper tout le monde.

Est-ce un risque réel ? Si on ne prend en compte que les civils internationaux (excluant donc le staff local encore plus vulnérable et dont les enlèvements sont encore plus fréquents), il y a en moyenne un enlèvement toutes les deux semaines. La règle est simple. Un enfant vaut $10,000, un staff local $20,000 et un expat un million de dollars !!! Si la presse s’en mêle, vous devenez célèbre... et votre prix augmente... Pas difficile dès lors de comprendre pourquoi plus personne n’en parle (règle numéro 1, passer tout enlèvement sous silence), pas difficile non plus de comprendre que dans un pays oú le salaire mensuel moyen d’un flic ou d’un prof est de $100, vous êtes un ticket d’entrée sur le nirvana.... Si vous êtes pris, préparez vous á être battus, violés (en général plus les hommes par soumission que les femmes), ... et revendu trois ou quatre fois, ce qui rend vos recherches encore plus difficiles. Si on apprend qu’un gouvernement d’un pays X a payé la rançon, bingo ! Tous les expats de ce pays X sont menacés en tant que source de cash facile...

Comment cela se passe ? C’est pas de l’amateurisme... Au prix que rapporte un enlèvement, on a de quoi payer beaucoup de monde pour l’organiser, ou menacer beaucoup de monde (votre entourage, votre collègue national directe, votre chauffeur..) pour obtenir les renseignements nécessaires... Comment ils opèrent ? Avec ce qu’on appelle des « spotters »… La seule autre fois oú j’ai entendu parler de « spotters », c’était en Afrique pour designer les personnes chargées de repérer les lions ou les tigres lors de safaris dans la brousse… Ici, c’est á peu près pareil, sauf que cette fois, c’est moi le tigre…

Qui sont ces « spotters » ? Le mendiant au coin de votre rue, la personne qui vous ouvre la porte á votre bureau, l’épicier d’en face lorsque vous osez traverser la rue pour aller acheter votre savon, etc. … Ca rend parano… et la seule chose que vous puissiez faire pour éviter de vous faire attraper est de ne jamais prendre d’habitude. Aller au bureau á des heures différentes chaque jour, ne jamais emprunter la même voiture, la même route ou fréquenter les mêmes endroits… Bref, on vous oblige á pimenter votre vie… adieu le train-train quotidien.. chaque jour est un nouveau jour… et pour des raisons bien multiples dans une ville comme Kaboul !

Bref, je me rends compte que j’ai déjà été très longue pour ne serait-ce que planter le décor. Le prochain post, c’est promis, je vous raconte comment on vit tout ça, et je vous parlerai de tous les gens merveilleux que j’ai déjà eu la chance de rencontrer…

Et si je me réveille tous les matins en me demandant ce que je suis venue foutre dans ce merdier… Je vous assure, je me couche tous les soirs en me demandant comment je vais rester saine mentalement pendant un an en Afghanistan !

10 commentaires:

Nicole D a dit…

Bonjour Gaelle, Enfin je vous retrouve,égale à vous même,c'est à dire généreuse en sentiments,sensations,points de vue,informations...tant de choses intéressantes que peu de personnes savent partagées avec autant d'enthousiasme et de talent que vous.Nous sommes dans l'ambiance,près de vous,par l'esprit et le cœur .Le challenge est difficile.Vous avez fait le choix de le relever avec courage et détermination, même si vous vous demandez chaque jour "ce que vous êtes venu foutre dans ce merdier"...Maintenant il faut avancer,faire ce pour quoi vous avez choisi de partir,en gardant vos idées claires .Soyez prudente et pragmatique; Avec impatience, j'attends votre prochaine parution et de vos nouvelles .Beaucoup de courage pour vous.Bien amicalement, nicole d.

Cat a dit…

continue à être longue! tes textes sont très agréables à lire et intéressants.
Tu as un courage fou de te lancer dans une telle aventure!
Et que fais tu sinon, pour l'ONG qui t'a attirée là bas?
sois bien prudente!
gros bisous à toi
Cat

Anonyme a dit…

super blog. tes recits sont fascinants. j'espere lire un jour ton roman/documentaire/reportage officiel de tout ca!
stay safe
love,
elisabeth

almayer a dit…

Nice stuff Gaele, keep on writing!

Marco

Serge Gomes da Silva a dit…

faudrait peut être leur faire découvrir l'eurovision pour qu'ils s'énervent sur autre chose... 'fin bon d'un autre côté j'sais pas...

sinon il fait beau?

Fred a dit…

coucou bella bionda, tu me fais un peu de peur... la deuxime intifida n'était rien en comparaison avec ce que tu nous acontes. Gris bisou & je sais que tu fais attention, mais faut encore faire plus d'attention !!!!!!!! zizou

sassou a dit…

Hello ma belle, ca fait plaisir d avoir de tes news meme si ca fout encore plus les jetons...fais tres tres attention a toi...je te fais plein de bisous en attendant de te voir en septembre.
Sassou

slinergie a dit…

hmmm sur ce coup là le silence radio devient un peu long...j'aimerais bien avoir qqs news! what's up?

Julie T a dit…

Bonjour Gaëlle, tout d'abord j'ai envie de vous demander, comment allez-vous ? Votre récit fait froid dans le dos, mais il n'est en même temps pas surprenant si l'on connait un peu ce qu'il se passe dans cette région. Il n'y a rien qui puisse remplacer votre expérience, aucun mot, aucune imagination ni même aucun livre. Vous êtes parti la-bas faire de l'humanitaire, c'est bien cela? Je voudrais vous demander naïvement, ce que vous ressentez en prenant du recul, en connaissant nos chers pays occidentaux des droits de l'homme?... Vous êtes le témoin d'une de ces partis noirs de l'Histoire, qui n'ont aucune raison d'exister et de continuer... Je ne veux pas être maladroite... Si le coeur vous en dit, répondez moi. Bien à vous et bon courage. Julie. T

Anonyme a dit…

Bonjour,
Je suis actuellement moi aussi sur KABOUL (militaire), effectivement la vie quotidienne n'est pas toute rose, surtout pour la civile que vous êtes. Gardez courage, tout n'es pas si noir et ces afghans ont réellement besoins de vous. Garder votre style, celui-ci colle tellement bien à la situation ici à Kaboul. Bon courage, faites gaffe quand même et à bientot ...

DTC